lautremag.news a tenu à vous raconter le parcours incroyable d’une personnalité locale Madame Geneviève MAILLET, qui aurait aussi bien pu ne jamais être distinguée mais qui est devenue la première femme élue bâtonnier de Marseille. Elle a aussi bousculé les habitudes électorales d’une profession qui jusqu’alors élisait un homme à poigne et qui a voulu mettre en avant une dynamique nouvelle bien en correspondance avec l ‘actualité et l’ouverture du XXI siècle.


Madame le bâtonnier est née à Marseille, et s’y trouve très bien ! elle fait des études dans les écoles publiques avant de s’inscrire à la faculté de Saint-Jérôme puis d ‘Aix-en-Provence et de passer son CAPA l’année de l ‘abolition de la peine de mort ! Est-ce un simple hasard ou déjà l ‘évidence que les temps changent et que le métier devrait muter et s’adapter. Grâce à d’excellents professeurs, et en particulier 2 d’entre eux, le premier enseignant en biologie qui lui donne le goût des sciences de l’environnement et le second un professeur de français, Madame Nicole CIRAVEGNA, qui écrivait des livres, apprendra à sa classe « la grammaire de l’imagination ». Ces deux enseignements ont été fondamentaux pour sa carrière. Cette méridionale dit avoir eu beaucoup de chance d’être élevée par des parents complémentaires, plein d ‘amour et d ‘humour, de bienveillance, indépendants et originaux. Mais surtout elle a l’immense bonheur de vivre avec trois hommes, dont un mari extraordinaire et deux fils tendres et talentueux à moins que ça soit l ‘inverse, elle hésite…
Le représentant du barreau aime l’opéra, enfant elle y allait très souvent et en a appris les codes très tôt ! Elle admire avant tout le don de maîtriser le souffle, et l ‘art de créer des émotions chez les autres que les grandes voix évoquent. Ces chanteurs à voix servent harmonieusement des compositeurs, eux-mêmes créateurs de sensations fugaces, que l’on ressent si fort tout en restant immobiles cependant ! Elle aime également le sport, cela incarne un bonheur physique, une discipline et un concentré de capacités à se dépasser. Geneviève pense qu’il faut faire avec son physique, qu’elle n’est pas une athlète et qu’elle court pour le plaisir. Elle nous confiera qu’elle n ‘est pas noctambule et qu’elle ne sort que pour des occasions.

Son livre préféré : « A la recherche du temps perdu » Marcel PROUST, c’est un tout, c’est un défi, tant vastes sont ses références, complexe sa pensée et subtile son expression de l ‘amour et ses turpitudes qu’il est très difficile après avoir lu cette œuvre d’écrire un mot.
Son film préféré : « the best offer » de Giuseppe Tornatore film tourné à Milan. L’histoire raconte Virgil Oldman, un marchand d’art et commissaire-priseur vieillissant, se retrouve emporté dans une histoire d’amour avec une de ses clientes, qui se révèle comme étant agoraphobe. Ce film est réglé comme une horloge et chargé de mystère nous dira cette passionnée.


Son peintre préféré : Michelangelo Merisi da Caravaggio dit CARAVAGE est un peintre milanais né le 29 septembre 1571 à Milan et mort le 18 juillet 1610 à Porto Ercole. Son œuvre puissante et novatrice révolutionne la peinture du XVIIᵉ siècle par son caractère naturaliste, son réalisme parfois brutal et l’emploi appuyé de la technique du clair-obscur allant jusqu’au ténébrisme. Il connaît la célébrité de son vivant et il influence nombre de grands peintres après lui, comme en témoigne l’apparition du caravagisme. Elle nous dira qu’elle peut rester très longtemps dans l’église de Rome st louis des Français à contempler ses œuvres car 3 tableaux illustrent ce cycle : à gauche La Vocation de saint Matthieu, en face Saint Matthieu et l’Ange qui constitue le retable, et à droite le Martyre de saint Matthieu…

La personnalité favorite : Le chevalier BAYARD pour la légende qui le disait sans peur et sans reproche car l’ histoire a su traverser les siècles alors que l’on se souvient rarement de « ceux qui » incarnent les bons sentiments.
L’artiste préféré : Edith PIAF, elle nous dira que cette chanteuse française est leur maitre à toutes et tous et pour longtemps ! Il suffit de voir n’importe quelle image d ‘archive tremblotante en noir et blanc où elle crève l’écran de son pâle visage projetant un souffle si profond qu’il semble venir du fond de l ‘âme pour que l’on reste sidéré devant l ‘incarnation de l ‘amour au sens brut qui traverse le temps avec l ‘énergie de la foi humaine.
La ville préférée : FLORENCE et ses alentours, La TOSCANE, pour le décor si merveilleux de souvenirs exquis…
La Table de son cœur : celle de sa mère et elle n ‘est pas la seule à l ‘aimer !
Le lieu : le bord de mer qui est énergisant et donne une impression de liberté. Enfant ce qui l’a faisait rêver c’étaient les grands espaces.
Ce que voulait faire Madame le bâtonnier  comme métier lorsqu’elle était plus jeune, c’était déjà avocate même si l’exercice qu’elle en fait aujourd’hui n’est pas ou plus celui qu’elle imaginait alors. Son premier job fut de ranger des livres dans une librairie. Elle en a fait du chemin depuis …

Comment avez-vous décidé de vous lancer dans l ‘aventure d’être le bâtonnier de Marseille ?
Cette professionnelle nous dira :
« C’est une vieille histoire d’un ami de la famille qui parlait du bâtonnier ROURE et elle a ressurgit quand bien des années plus tard, une grande professionnelle de ses consœurs, l’a encouragée à faire campagne ». Le bâtonnier s’est dit que « si elle croyait si fort en elle, alors pourquoi ne pas croire en elle ? » Un véritable relais de confiance existant l’a guidée vers ce brillant challenge.


Vos rapports avec le Maire de Marseille Jean Claude Gaudin ?
La première lauréate se souvient que lorsqu’elle passe le concours du stage des avocats en 1986, elle fera son discours d ‘éloquence pour la rentrée du bâtonnier devant un public constitué de confrères, de magistrats, et les représentants institutionnels. Au premier rang, se tenait le Président du Conseil Général, qui était alors un jeune élu, qui écoutait son exercice d’éloquence avec une grande attention ! Il a su féliciter la première lauréate avec les mots justes, qui ont su la toucher et l’émouvoir. Des années plus tard, c ‘est aussi Jean Claude GAUDIN qui lui remettra la légion d’honneur pour ses nombreuses actions. Et pour finir lors de sa rentrée de bâtonnier en 2017, il était présent en personne cela a honoré les lauréats soit 30 ans plus tard. Madame le bâtonnier nous dira avec humilité « j’ai le sentiment qu’il a été attentif à mon parcours »
On rencontre Madame le bâtonnier très souvent dans les actions qui engagent la ville de Marseille, pourquoi un tel investissement personnel ?
« j ‘aime ma ville, j ‘ai été membre du Conseil de l’ordre quand le bâtonnier RINGLE nous a invité à considérer les avocats comme acteurs de la cité. J’aurais aimé faire plus. Je pense que tous ceux qui agissent pour la ville sont un peu défenseurs de notre territoire et donc en quelque sorte des avocats de la cité. Je crois que l’on doit toujours s’appliquer à défendre ce et ceux que l’on aime car ils ont besoin de nous ! Dans la vie on a des devoirs et pas seulement des droits. Une réflexion de René CHAR dit « les mots savent des choses que l’on ignore », je trouve que les mots DROITS et DEVOIRS sont de ceux-là. Mon investissement consiste à rappeler la présence et la nature de l ‘action des avocats pour le justiciable et l ‘entreprise. Je pense que chacun doit balayer devant sa porte, CAMUS disait qu’il ne pouvait pas grand-chose pour l ‘ordre du monde mais qu’il pouvait ranger chez lui ! »


Madame le Bâtonnier comment se passe votre gouvernance ?
« J’ai une bonne équipe des membres du conseil de l’ordre impliqués et un barreau constitué de personnalités et de spécialités diverses et j ‘ai beaucoup de chance ».
Madame le Bâtonnier racontez-nous un peu une journée type ?
« Je commence tôt pour établir la feuille de route de mon cabinet puis je passe à l ‘ordre assurer le démarrage de la journée ensuite j’assure soit mon audience qui est simplifiée par le fait qu’un bâtonnier en exercice est autorisé à passer sans attendre et en fin de matinée j’assure le rendez-vous qui est fixé pour aider un confrère ou arbitrer un diffèrent professionnel. A 13 Heures, je prends une pause et à 14 Heures c’est le moment où je rédige jusqu’aux rendez-vous du soir qui sont professionnels. Il n’y a pas de règle ni de routine, c ‘est un des côtés positifs. Une fois par mois j’ai rendez-vous avec les chefs de juridictions, de façon à ce qu’il n’y ait pas d ‘incompréhension afin de pouvoir avancer sur des sujets communs. De même une fois par mois, je réunis les membres du Conseil de l’Ordre pour décider des orientations du barreau, des mesures à prendre, des situations de confrères, des actions à mener pour avoir des contacts avec les avocats européens ou à l ‘international pour l’accès au droit pour les mineurs non accompagnés etc.… »
Madame le Bâtonnier vous êtes-vous fixé des objectifs particuliers pour la ville de Marseille ?
« En fait le barreau a organisé ses directions en cohérence avec ce qui est en mouvement sur son secteur. Quand Marseille est capitale du sport, nous organisons des conférences sur le Droit et le Sport ou bien des activités sportives interprofessionnelles ou caritatives. De même pour la rentrée solennelle qui est un moment traditionnel de la profession, nous avons eu l’opportunité d ‘organiser en même temps, une signature sur la Déclaration de Corinne LEPAGE, l’ancien ministre pour la protection de l ‘environnement. Cela a fédéré un grand nombre de barreaux français et étrangers. De même nous avons participé à la venue d’investisseurs étrangers en partenariat avec la chambre et la ville. Le barreau a signé un partenariat avec l ‘école KEDGE pour partager les expériences de nos jeunes.
C’est une très bonne chose que Marseille ait manifesté la volonté des politiques, afin que des citoyens puissent valoriser ses meilleurs atouts et favoriser une relance économique facteur d’équilibre sociaux. Même si j ‘ai bien des défauts, je crois que l’on peut chercher à s ‘améliorer… pour un territoire ou un pays c’est la même chose ! La France est un hexagone homogène ouvert sur l ‘espace maritime avec un bon climat, une culture riche. Marseille est un port en plein soleil avec de l ‘énergie, vous comprendrez ce que je veux dire. Pour les avocats comme pour les citoyens, il faut opter et développer pour le meilleur d ‘un lieu. Nous avons la chance d’avoir la mer, un port et le câble numérique, nous avons les conditions pour attirer des artistes, des professionnels de l ‘image. Beaucoup d ‘atouts dont on prend la mesure, chacun dans sa profession et nous les avocats au cœur de cette ville de l’innovation et des échanges nous sommes présents pour accompagner la défense des droits de chacun et la sécurisation des contrats d ‘échanges et de projets de tous ceux qui choisissent de se développer ou d’investir pour permettre de vivre harmonieusement. »
Voilà un peu de l’expression de cette représentante du barreau mais que savons-nous de toutes ses actions ?
C’est le 30 juin 2017 que Madame le Bâtonnier a présidé sa première rentrée solennelle du Barreau de Marseille. A cette occasion Madame le Bâtonnier avait convié également 25 bâtonniers étrangers. Ainsi Geneviève MAILLET a pu innover, mettant en place la rencontre du monde du droit avec le monde économique régional en favorisant le secteur des START’ up, décidant d’apporter une touche très personnelle mais au combien très importante pour ces deux mondes.
La création et l ‘installation à Marseille de la Chambre d’arbitrage Maritime pour l’Europe, l’Afrique et l’Asie, le secteur maritime mondial qui concentre 90 % du commerce mondial et 14 % du PIB français à hauteur de 270 milliards d’euros. C’est ainsi qu’en étant très offensive que cette femme engagée fait rayonner le barreau de Marseille en synchronisation avec sa société ! Le choix par le barreau de placer une femme à sa tête constitue un virage et laisse penser que le message de cette élection est partagé par la majorité des confrères. Pour ce défenseur des forces du territoire la spécificité portuaire de Marseille est un atout ! Geneviève a tenu à marquer de sa présence à cette éminente fonction de la vie de la cité, et d’une très grande cité telle que Marseille. Pour Madame le bâtonnier, Marseille est un port, une ville-port, stratégique sur le plan économique, sur le plan numérique (3eme GATEWAY mondial) par ses réseaux câblés qui desservent déjà le continent africain, et le moyen orient et bientôt l’Asie. Marseille, c’est un barreau de 2300 avocats, des structures judiciaires stratégiques comme le JIRS avec un pôle financier ou le pôle maritime du TGI. Un patrimoine sous-marin très riche et une délinquance pénale très importante liée au trafic des stupéfiants et blanchiment qui transitent par ce biais si souvent mais très mal connue.
Concernant la rentrée solennelle du barreau 2017 Madame le Bâtonnier a voulu lui donner « un coup de jeune » en mettant en avant la jeunesse créative de Marseille avec ses nombreuses SART’UP innovatrices créées et dirigées par de très jeunes dirigeants, accompagnés dans leurs démarches économiques par la fine fleur du barreau de Marseille, des jeunes avocats déjà spécialisés dans le droit des affaires et le droit commercial. En abordant ce champ socio-économique, il était alors évident de stigmatiser le niveau international du barreau de Marseille, tout à fait à l ‘aise dans le champ des compétences nécessaires pour aborder ces milieux économiques. Soit donc faire ressortir et connaître l’existence d’un barreau « jeune » et compétent dans les diverses spécialités sociales humaines entrepreneuriales pénales et digitales tant au niveau des affaires que des autres domaines et autant au niveau national qu’international, tout se tient pour le Bâtonnier ! Et pour reprendre un célèbre économiste du XX siècle « il est important de concevoir une société homogène dans un monde homogène, plutôt que l ‘inverse ! » Toute cette intelligente stratégie a alors reçu l’aval, signifié par la présence de tous les politiques et institutionnels de la région Sud (PACA) et pour le Bâtonnier, tout cela ne peut être pérenne que si il est vertébré par le socle de la démocratie. C’est pour cela que notre bâtonnier a profité de cette rentrée solennelle pour signer et faire signer au niveau international « la déclaration universelle des droits de l’humanité » rédigée et proposée par Maître Corinne LEPAGE (ancien ministre). Cette déclaration englobe à juste titre la défense de l ‘environnement, le contrôle de l ‘eau, le combat contre la pollution et les risques industriels, toutes les valeurs auxquelles Madame le bâtonnier est viscéralement attaché. C’est dans le même esprit de progression que cette professionnelle s’est attelée à la constitution de « l’incubateur » véritable laboratoire d’idées et de méthodologies afin de faire progresser positivement les pratiques du droit en PACA. Marseille est déjà une place très fortement appréciée pour sa connaissance des pratiques du droit tant pénal, que civil ou commercial. Il s’agit de s’appuyer sur cette connaissance pour aller plus loin ! Aujourd’hui il apparaît clairement qu’il est urgent de pouvoir atteindre et réaliser l’égalité devant l’accès au droit pour tout le monde, pour toute la population française. Cela inquiète énormément le bâtonnier car il y a trop de procédures et trop de discriminations, des millions de personnes n’arrivent pas à avoir accès à la justice chaque année !
Le bâtonnier a noté que Simone VEIL, Grande combattante pour la justice, la liberté, et le droit de notre pays était décédée le jour anniversaire de la signature de la convention européenne de la défense des droits de l ‘homme…ce qui l’a beaucoup émue.
Elle a également remarqué que le mois de sa nomination de bâtonnier, janvier 2017, le journal du barreau avait mis en couverture 6 femmes dont elle-même, toutes éprises de justice, ce qu’il l ‘avait là aussi émue. Pour le bâtonnier, les avocats sont là pour défendre tous les individus et doivent agir pour que les conditions de vie de tous les citoyens s’améliorent. L’histoire a un rôle capital pour tous les citoyens et la mémoire des combattants de toutes les guerres (14-18, 39-45, l’INDOCHINE, etc.) ne peut, ni ne doit être oubliée car comme elle le dit si souvent « demain c’est toujours hier ! ». Depuis le début de son mandat, elle n’a pas cessé d’agir pour mettre en valeur le barreau de Marseille et ses membres très actifs, dans tous les domaines de la vie de la cité , culture, arts, sports, actions solidaires et caritatives etc.

Cette année le centre d ‘accès au droit a fêté ses 25 ans avec les chefs de juridiction. Le barreau interrogé sur le vecteur culturel. A l ‘initiative de la présidente du TGI et avec l ‘aval de la région ont été jouées des scènes tirées de poèmes de l ‘américain Charles REZNIKOFF jouées par la compagnie théâtrale des LIMBES. Le procureur Xavier TARABEUX a rappelé qu’en 25 ans que le Conseil Départemental de l’Accès au Droit avait reçu 319000 personnes qui ont bénéficié d’une consultation juridique gratuite dans 40 communes du département. 
Lisa SCHNALL, l’équivalent de notre défenseur des droits en France, Jacques TOUBON, s’est déplacée de Washington pour honorer ce 25 eme anniversaire sur le thème de l ‘accès au droit au carrefour des discriminations.
« L’action menée a du sens » dit-elle par sens on peut entendre logique mais aussi direction.
Souhaitons à cette avocate, femme engagée, de poursuivre avec la même ferveur et direction pour sa deuxième année de mandature, ne serait-ce contre vents et marées…
Un petit clin d ‘œil affectueux pour cette Grande Dame en ce 3 janvier 2018, « bonne fête Geneviève« . https://www.lautremag.news/genevieve-maillet-les-48-heures-de-lopportunite-echanges-constructifs-pour-lavenir/

Crédits photos :  Dominique  OULE

Robert POULAIN

Journaliste :  Ariane CASTEL